carte

Natashquan...

 

Pour notre seconde chronique, nous reproduisons des extraits de la première lettre adressée à notre Révérende Mère par nos Sœurs missionnaires, relatant les principaux faits par ordre de date.

 

« Mercredi, le 5 juillet - Nous sommes arrivées heureusement à Natashquan où Monsieur le curé Labrecque nous attendait avec anxiété. Les gens de l’endroit ont paru fort étonnés de voir des religieuses débarquer sur la Côte-Nord. Cela ne s’était encore jamais vu et personne de la paroisse ne le savait, sauf un homme que Monsieur le Curé avait prévenu par nécessité.

Laissez-nous d’abord, Révérende Mère, vous raconter joyeusement notre transport du vapeur au rivage. Dès que le St-Olaff fut entré dans le port si beau de Natashquan et qu’il eut jeté l’ancre à la mer, une berge se dirige vers nous et s’arrête à-quelques perches de distance; puis, nous vîmes venir la chaloupe qui, ordinairement, transporte les passagers d’un vaisseau à l’autre. Mais le capitaine du St-Olaff, qui s’est montré plein de respect et de bienveillance pour nous depuis notre départ de Québec, ordonne aussitôt d’approcher la berge au moyen de cordes, ne trouvant pas l’embarcation convenable pour des religieuses. Il nous conduit lui-même à bord, nous donne la main et ne retourne à son poste qu’après s’être assuré que nous serions à l’aise. Inutile de vous dire que nous le remercions bien cordialement.

Bon, nous voilà de nouveau installées quelque peu commodément, mais nous soupirons après le moment où il nous sera donné de mettre pied à terre. L’aspect du capitaine de la berge ne ressemble en rien à celui du capitaine que nous venons de quitter. Ici, imaginezvous un vieillard à cheveux longs et grisonnants, cheveux qui ne paraissent pas recevoir souvent la visite du peigne ni de la brosse. Ce vieillard est de taille moyenne et courbé en sa démarche; son visage, hâlé par les rayons brûlants du soleil, lui donne un teint de bronze. Malgré son Age avancé, il est vif comme un taon. Une odeur d’huile de poisson - parfum rare et délicieux, n’est-ce pas? se dégage de toute sa personne. Ajoutons que ce bon vieux marin est heureux de faire une belle réception aux religieuses qu’il est fier de voir dans sa berge et devant qui il prend une attitude des plus respectueuse et empressée.

Comme il y a trente-cinq ans qu’il fait le service sur la Côte Nord, il a vu et connu bien des choses: ainsi, au cours de la traversée, il se plaît à nous raconter plusieurs de ses aventures; il nous montre différentes sortes d’œufs ramassés sur les roches mousseuses que nous rencontrons; il y en a des petits, des moyens et d’autres, panachés, de la grosseur des œufs d’oie provenant cependant d’oiseaux plus petits qu’une poule. Vraiment, (c’est intéressant et beau à voir, d’autant plus que tout cela était du nouveau pour nous. Entre parenthèse, apprenez, ma Révérende Mère, qu’il doit nous en donner une douzaine … lorsqu’il nous reverra. Maintenant, il faut vous décrire notre cabine 1 grande de cinq à six pieds carrés, haute de trois ou quatre; aménagée de deux petits lits et d’un très minuscule poêle, sur lequel bout le thé. Dans ce pauvre réduit, nous nous estimons heureuses d’être assises à-demi courbées … sur des bancs de six pouces de hauteur, et nous avons soin, toutefois, de relever notre tunique afin de la préserver d’une espèce d’onguent - sorte de graisse - bien plus propre à faire contracter des maladies qu’à en guérir. Je vous assure que ce devait être bien comique de nous voir, et, si nous n’avions pas craint de blesser notre galant capitaine, à certains moments, nous aurions ri à gorge déployée.

Enfin, pour la dernière fois, nous changeons d’embarcation et arrivons, à notre grande joie, sur la terre de Natashquan, rive de sable durci par le temps et l’eau ».

Merci à Jean-Luc Doumont pour la réécriture.