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Pique-nique au Cap de la baleine

 

Lors de journées d’été, les religieuses de la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame du Bon-Conseil se regroupaient parfois afin de profiter d’un moment de répit. Voici le récit d’un pique-nique au Cap de la Baleine, lieu avoisinant leur monastère.

 

2 août 1909

En communauté, nous allons prendre un beau congé sur le «cap de la baleine», appelé ainsi parce que sa forme se rapproche en quelque sorte de celle de ce monstre marin. Le site est agréable, charmant, enchanteur, les horizons ont un attrait ravissant et offrent au regard un spectacle à nul autre pareil. La belle rivière Saguenay coule librement, à ses pieds.

C'est là, au cours des vacances, que nous venons nous reposer. Donc, aujourd'hui, ordre est donné de préparer un pique-nique: la température est idéale, c'est une journée qui se prête bien pour un tel congé. Heureuses de cette nouvelle, nous y allons chacune de notre part dans l'organisation et, bientôt, tout est prêt pour le départ. Professes, novices et postulantes se dirigent vers l'endroit désigné. Tout va si bien que, vers 8 heures, parfaitement installées, le déjeuner ouvre le congé. Que de bruyants éclats de rire! L'avant-midi se passe joyeux, entrecoupé, en ses amusements, par la récitation des Petites Heures et la lecture spirituelle. Mais voilà qu'il faut songer au dîner, par conséquent, à chacune de choisir un endroit pour faire les crêpes. Et c'est vite fait, de petits feux sont allumés et aussitôt, nous entendons le crépitement des grillades de lard qui rôtissent et nous respirons l'odeur des délicieuses crêpes. Toutes assises sur une roche, entourant notre Révérende Mère, elle a toujours un bon mot, une taquinerie aimable, un badinage ou une histoire des premiers temps à raconter. Les jeunes, surtout, sont toutes oreilles pour écouter l'une ou l'autre de nos aînées, remémorant un fait de jadis, qui les fera rire, en leur remettant en mémoire des événements qu’elles n'oublieront jamais.

Ce n'est qu'un va-et-vient par les cuisinières improvisées, à travers les groupes, pour distribuer les belles crêpes dorées qui disparaissent comme par enchantement, grâce à l'appétit aiguisé par le grand air. Puis, ce sont de petites douceurs, telles que les sucres à la crème, bonbons, pistaches, pommes, qui complètent le repas. Enfin, ainsi que toutes les bonnes choses, ainsi que toutes les joies de la terre, les jours de pique-nique, ces jours de congé ont leur soir tout comme les autres jours. Et il faut songer au retour.